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Catégorie : Serpents



Heterodon nasicus nasicus (Baird & Girard, 1852 )

Texte Frédéric Millier FREDERICMILLIER@aol.com

 

 

Maintien et reproduction du serpent à nez de cochon.

 

Aire de répartition

Le serpent à nez de cochon ou serpent à groin se trouve du Canada méridional jusqu’au Mexique en passant par les États-Unis, sous différentes espèces et sous-espèces.

Habitat

Espaces découverts, prairies, zones peu boisées, plantations, plaines d’inondation voire zones boueuses¼

Caractéristiques

Mesurant de 40 cm pour les mâles jusqu’à 1 m pour les femelles, ce serpent est facilement reconnaissable de par son corps lourd et trapu. Il possède un rostre sous la forme d’une écaille unique relevée, d’où provient l’appellation de serpent à nez de cochon. Ses écailles dorsales sont carénées, donnant l’apparence d’un serpent venimeux. Classé parmi les Opisthodontes, sa salive est toxique et peut provoquer de légères envenimations. En revanche, bien que pourvu de crochets, il ne possède pas d’appareil inoculateur.

Sa robe va d’une livrée dans les teintes beige ou marron. Les motifs en ocelles ou mouchetés sont différemment teintés de marron, en passant par le gris ou le noir chez certains individus.

Biologie et comportement

Actif durant les premières heures de la journée et quelquefois au début de la nuit, ce serpent passe son temps caché dans la terre ou sous des écorces. La chasse se déroule donc plus ou moins à l’affût. Comme tout serpent, ce Colubridé a un sens olfactif très développé grâce à sa langue bifide mais à la différence des autres couleuvres, il n’est pas constricteur ! à l’origine, Heterodon nasicus est surtout un serpent piscivore puisque ses repas favoris sont constitués de poissons (emprisonnés dans des flaques d’eau !), de salamandres et de grenouilles. La capture de rongeurs est occasionnelle, sauf chez les nouveau-nés !

Heterodon nasicus plathyrinos est une sous-espèce qui se nourrit exclusivement de grenouilles, sa couleur est en général plus ou moins brique.

Un autre aspect original d’Heterodon nasicus est son comportement face à une proie ; lors de l’attaque, celui-ci ouvre une large gueule pour saisir sa proie, indifféremment par l’arrière, le milieu ou la tête car comme dit précédemment, il ne tue pas par constriction : les proies sont avalées vivantes et, suivant la capture, retournées ou repliées¼

Ce serpent, qui pour ma part est extraordinaire, a aussi un comportement défensif très intéressant. En effet, ses postures de défense peuvent aller du " bluff " à la simulation de mort (comme certaines couleuvres du genre Natrix). Ainsi, il aplatit et gonfle la partie antérieure de son corps (son cou) comme le Cobra, relève un tiers de son corps, balance sa tête et siffle fortement. Si cette technique de " bluff " ne donne rien, il tombe dans la position d’akinésie (immobilité).

 

Maintien en captivité

Terrarium

Pour le vivarium, il faudra impérativement maintenir la ou les femelles dans une installation favorisant la surface au sol par rapport à la hauteur, car Heterodon nasicus est loin d’être arboricole. Il est évidemment terrestre à tendance fouisseuse. Le vivarium aura des dimensions de 50 x 40 x 30 cm et sera de préférence en bois (mélaminé !) car celui-ci retient bien la chaleur en cas de coupure d’électricité. Il faudra inclure des grilles d’aération : l’une en hauteur, l’autre au sol – cela facilitera le renouvellement de l’air et évitera les courants d’air – c’est le principe de tout vivarium. Le devant du vivarium possédera un système de glissières constitué par deux vitres coulissantes : une ouverture frontale d’un vivarium évitant le stress, au contraire d’une ouverture supérieure.

Mes femelles sont en vivarium, mais les mâles sont installés dans un système de tiroirs (méthode américaine que l’on trouve aussi au LATOXAN (LAboratoire des TOxines ANimales créé en 1979, c’est un centre d’élevage destiné à la fabrication et production de sérums).

Les tiroirs sont un peu opaques afint d’éviter le stress.

Les dimensions des tiroirs sont 20 x 30 cm.

Le substrat qui accompagne les vivariums et les tiroirs est de la sciure dépoussiérée " gros modèle " que l’on appelle de la Litalabo®, que j’utilise pour tous mes serpents.

Ce substrat est employé par de nombreux laboratoires, soit pour les rongeurs, soit pour les reptiles !

 

Température, hygrométrie, éclairage

Les températures diurnes de maintenance sont de 30 °C en zone chaude et 24 °C en zone froide. La nuit, il faut compter 3 °C de moins dans les deux zones. Le système de chauffage est constitué d’un câble chauffant ou d’un tapis ; le résultat est similaire !

Le tout est intégré dans un faux fond, sous le vivarium ; pour les tiroirs, c’est un système de chauffage vertical qui est installé, soit par câble, soit par tapis chauffant.

L’hygrométrie est comprise entre 50 et 60 %, elle est générée par un bassin qui sert également à abreuver l’animal.

Seuls les vivariums sont éclairés avec une durée de huit heures par jour à la sortie d’hibernation au début du printemps jusqu’à seize heures voire dix-sept heures par jour en été. Les néons employés sont de type lumière blanche industrielle car ces serpents n’ont pas besoin d’ U.V. Ils récupèrent la vitamine D dans le foie de leurs proies.

Pour les tiroirs, l’éclairage est naturel puisque ma pièce d’élevage profite de la lumière extérieure qui varie suivant la saison.

 

Nourriture

Comme je le disais précédemment, Heterodon nasicus est aux trois quarts piscivore dans la nature. En captivité, s’il devait être nourri de crapauds, poissons, etc. il aurait vite des carences. C’est pour cela que depuis dix ans environ, toutes les générations sont nourries avec des souris, rats, etc. bref n’importe quel rongeur, voire du poussin.

L’alimentation des sub-adultes et des adultes se fait avec des proies mortes, dégelées.

En revanche, bien que les juvéniles acceptent la nourriture morte, ils préfèrent le vivant ! On pourra leur proposer des proies dont la taille peut aller jusqu’à celle d’un gros " blanchon ".

Les mâles se nourrissent moins que les femelles et d’ailleurs, pour la reproduction, il vaut mieux des femelles grasses et des mâles sveltes !

Reproduction

Détermination du sexe

Chez Heterodon nasicus le sexage est très facile, il n’y a pas besoin de sondage. L’aspect visuel suffit car la femelle, dès sa sortie de l’œuf, se reconnaît à une queue très courte et trapue, alors que le mâle a une queue plus longue et fine ; donc pas de problème pour l’identification des sexes.

Maturité sexuelle

La maturité sexuelle chez Heterodon nasicus varie selon le soin qu’on apporte. Pour ma part, et je le conseille vivement, il faut attendre au minimum deux ans. Comme la plupart des Colubridés, le but est d’avoir des femelles grasses et pour cela, il faut les nourrir dans la mesure du possible deux fois par semaine la première année. Les mâles seront quant à eux nourris une fois par semaine.

Hibernation

En captivité, il faut recréer le mieux possible les conditions climatiques naturelles. Pour cela, dès l’arrivée du mois d’octobre, je prépare le jeûne pour permettre au serpent d’hiberner sans résidus de proies dans l’estomac. Donc pendant tout le mois d’octobre, le serpent ne s’alimente plus, par contre il aura toujours de l’eau propre.

Vers le 15 octobre, je commence à baisser la lumière ainsi que la température, le tout graduellement pour aboutir à la fin du mois à la température ambiante de ma pièce (20 °C et 8 h de lumière).

Nous sommes début novembre et tous mes reproducteurs partent pour ma pièce froide qui va descendre progressivement à 12 °C. De plus, ils seront dans le noir complet.

Photopériode adaptée et températures froides sont les critères obligatoires pour une bonne réussite des reproductions futures.

Accouplement

Après deux longs mois d’hibernation, j’inverse le processus.

Je remonte progressivement la température et la photopériode tout au long du mois de janvier. Lorsque les paramètres sont rétablis, je recommence à nourrir mais avec des proies plus petites que d’habitude car du fait de l’hibernation, la flore intestinale des animaux n’a pas fonctionné. Cela évite tout risque de vomissement et d’autres problèmes éventuellement pathologiques. Après le retour à une alimentation normale, les serpents vont faire une première mue (mue d’hibernation ) mais, pour les présenter pour l’accouplement, il faut attendre la deuxième mue qui correspond à la période d’ovulation chez les femelles.

Le moment arrivé (courant mars), pour avoir le plus de chances possible d’accouplement, il faut mélanger tous les mâles et toutes les femelles, sachant que les mâles ne se battent pas entre eux !

Gestation

Les accouplements vont durer tout le mois de mars, quelquefois jusqu’à début avril.

Chez les femelles gravides, un signe qui ne trompe pas est leur appétit. Certaines de mes femelles arrivent à manger trois à quatre fois par semaine. En général, 30 jours après les accouplements, les femelles cessent de s’alimenter : elles préparent une mue qui sera suivie quelques jours plus tard de la ponte. Celle-ci se déroule dans un pondoir contenant de la sciure ou du copeau humide.

Dans mon élevage, en moyenne, une femelle pond entre 5 et 20 œufs avec un taux de fécondation de 80 %.

Il faut savoir que les femelles pondent de nouveau un mois plus tard et, pour certaines, encore le mois suivant. Par contre, cette troisième ponte est généralement sans progéniture.

L’année 2001 a été très positive : j ’ai eu 23 Heterodon nasicus sur 36 œufs fécondés, avec un groupe constitué de 5 femelles et 3 mâles.

Incubation et naissances

Je prends les œufs un par un, puis je les installe dans des bacs remplis de vermiculite sèche. Une fois les œufs positionnés, je dispose les bacs dans mes incubateurs en réglant une température de 30 °C et 100 % d’hygrométrie. Mon expérience personnelle d’une incubation sur vermiculite sèche est très positive, il n’y a pratiquement aucun œuf qui pourrit.

Auparavant je les ai " passés " au mir-œuf (lumière froide qui confirme une bonne fécondation).

Un mois plus tard, les œufs qui sont restés blancs donneront les bébés au bout de 15 jours, l’incubation dure donc entre 43 et 46 jours.

Les petits mesurent 10 cm maximum et muent dès la sortie de l’œuf, jusqu’à une heure plus tard pour les retardataires ! à ma connaissance, je pense que c’est l’une des seules espèces ovipares à muer en sortant de l’œuf.

Soins des nouveau-nés

Les nouveau-nés sont tous placés dans des boîtes séparées, de 10 x 15 cm. Les boîtes sont pourvues d’un fond de sciure et d’une petite coupelle d’eau. Elles se retrouvent toutes dans ce que j’appelle " ma nursery ". Une bonne semaine plus tard, je commence à donner les premiers repas : du souriceau nouveau-né congelé. Certains vont démarrer de suite, les plus difficiles seront démarrés au vivant un mois plus tard. En général, les plus longs à manger sont les mâles !

Les températures pour les zones chaudes et froides sont identiques à celles réclamées par les adultes, l’hygrométrie de même.

Mais nous savons bien que la terrariophillie est une passion où une patience¼ Je dis cela pour ceux qui voudraient se lancer dans l’élevage de ce superbe serpent !

À ce jour, en travaillant sur différentes consanguinités, j’ai pu obtenir un Heterodon nasicus noir et blanc que j’appelle " Dalmatien " (voir Reptilmag n°7, p. 6). Pour cette année, j’attends du mélanique, un patron à tendance verte et des spécimens albinos, les parents de ces derniers provenant des États-Unis.

Les sous-espèces d’Heterodon nasicus

Heterodon nasicus nasicus

Phase normale,

rouge,

orange en ligne,

albinos blanc,

albinos rose pastel,

albinos rouge,

albinos orange,

hypomélanistique,

hétérozygote.

Heterodon nasicus plathyrinos

Heterodon nasicus gloydi (serpent à groin)

Heterodon nasicus kennerlyi (serpent à groin du Mexique)

Quelques cousins

Heterodon simus (serpent à groin Dusty)

Leioheterodon madagascariensis (serpent à groin de Madagascar)

Leioheterodon modestus

Lystrophis semicinctus (serpent à groin tricolore sud-américain)

 

Remerciements

Je remercie mon amie Sandrine, pour son soutien et sa patience dans ma passion des serpents. Je remercie aussi Sylvie pour son aide dans l’entretien, les soins et le suivi des serpents ainsi que Thierry et Gisèle pour leur collaboration.


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