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Catégorie : Lézards



Les Scinques Géants

A la découverte des Scinques Géants

Par Vincent Noël

Repto-Terra club de Strasbourg

Tél. 03 88 93 86 06 (soir ou Dim.)

 

La famille des scincidés, la plus grande parmi les lézards, est encore peu connue des terrariophiles, sauf peut-être quelques espèces de grande taille qui se caractérisent par leur confiance envers l’homme, faisons les présentations :

Avec plus de 800 espèces, les Scincidés sont la plus grande famille du sous-ordre des sauriens, suivis de près par les Iguanidés et leurs 700 espèces. C’est une famille à répartition mondiale (exceptée bien sûr les régions froides), on en trouve également quelques espèces dans le sud de la France dont le célèbre Seps strié (Chalcides chalcides) qui ne possède presque plus de pattes. Mais de façon générale les Scinques ont une morphologie bien caractéristique : Corps uniforme et cylindrique, peau très lisse rendant les manipulations difficiles, pour beaucoup de petites pattes témoin d’un comportement fouisseur alors que d’autres n’en ont quasiment plus, ce qui suggère que ces lézards furent jadis le maillon entre les lézards lacertiformes et les serpents.

Les petites espèces, largement majoritaires, sans être craintives ne se laissent pas manipuler, rapides et aimant se promener dans le sol, ils sont peu recherchés par les terrariophiles, à tort car certaines espèces s’avèrent très colorées (Riopa fernandi, Dasia olivaceum, ) et souvent bon marché, toutefois les plus connus restent les grandes espèces, dépassant 40 cm, et qui se sentent en parfaite confiance avec l’homme se laissant manipuler et observer sans réticence, ce sont les " scinques géants ", dénomination très arbitraire donnée par les amateurs.

Une exception dans la famille...

Si la plupart des Scinques sont de petits lézards vifs et farouches mais actifs et curieux, les grandes espèces, elles, sont plus rares et sont représentées en général dans des genres spécifiques, vivant en général en Indonésie ou en Australie.

Une exception toutefois à cette règle qui en est une aussi au genre auquel ils appartiennent : Eumeces schneideri et Eumeces algeriensis qui furent autrefois rassemblés en une seule et même espèce : Eumeces schneideri algeriensis. Tous deux mesurent 45 cm alors que le genre Eumeces regroupe des dizaines de petites espèces d’une vingtaine de centimètres à travers le monde. Ces deux espèces joliment colorées sont physiquement proches, elles fréquentent toutes deux le Maghreb et particulièrement le bas Atlas. Ne cherchant pas systématiquement le soleil ardent des régions semi-arides, ces lézards vivent retirés le jour dans leur terrier parfois emprunter à un rongeur défunt, actifs surtout en matinée et en soirée, ils deviennent parfaitement diurne en terrarium à condition de ne pas leur offrir des chaleur désertiques (27-30°C suffisent avec un point chaud très localisé à 32°C).

Le genre Tiliqua lui comporte des espèce mesurant entre 15 et 60 cm, cependant les plus répandus sont les grandes espèces mesurant entre 45 et 60 cm. La plupart d’entre elles vivent en Australie, mais quelques une occupent les zones semi-humides de Nouvelle-Guinée. C’est le cas de la plus grande d’entre elles : Tiliqua gigas qui requiert donc un terrarium relativement humide. Les Tiliqua sont plus connus sous le nom de " Scinque à langue bleue ", par ailleurs les espèces australiennes vivant dans les zones arides et semi-arides se ressemblent : Corps lisse et puissant, pattes courtes, tête large, coloration grise avec des bandes brunes ou jaunes et des reflets roses pour certaines espèces. Si le corps est l’archétype du bon scincidé, la différentiation entre les espèces est parfois difficile et tient à un détail de robe, de plus dans la nature les hybridations sont fréquentes.

Les plus répandues dans le commerce sont : Tiliqua scincoides, T. nigrolutea et T. gigas. Ces reptiles mènent une existence vagabonde et solitaire, ils sont volontiers fouisseurs pour s’abriter et surtout déterrer une proie. Tiliqua gerrardi est une exception, vivant dans les forêts du nord et du nord-est de l’Australie, il est casanier, se cachant sous les souches ou les pierres, sa coloration juvénile est très colorée : jaune barrée transversalement de lignes noires faisant un peu penser à un jeune Gecko léopard (Eublepharis macularius) qu’on aurait étirer et poli. Mais l’adulte perd cette couleur devenant brun avec des bandes brun foncé voir violacées. Bien moins trapu que ses congénères, ce Scinque qui possède en outre une langue rose et non bleue, se nourrit exclusivement d’escargots et de limaces, de ce fait il est assez rare en captivité.

Un autre Scincidé géant originaire du Scrub australien présente une bien particulière et célèbre allure, il s’agit de Trachydosaurus rugosus ( Syn : Tiliqua rigosus) ou Scinque pomme de pin qui peut mesurer 45 cm. Sa queue est courte mais épaisse, ses écailles très grosses ressemblant à des écailles de poisson et sa couleur uniformément brune lui ont valu son nom de " Pomme de pin ". C’est un lézard des plus placides et sympathique mais vu qu’il ne met au monde que 1 ou 2 jeunes par an et que l’Australie depuis de nombreuses années pratique le blocus sur l ‘exportation de sa faune, on ne peut espérer trouver dans le commerce un tel animal à moins de 20 000FF pièce. La situation commerciale et juridique est la même pour les Tiliqua qui coûtent en général 2000 FF pièce, quand aux grands Eumeces ils sont plus abordables, leur prix avoisinant les 300FF et leur commerce est parfaitement libre.

Un autre Scinque géant dont le prix égal celui des Tiliqua, mais d’un comportement tout autre, amical la plupart du temps mais assez changeant : Corucia zebrata. Dépassant les 80 cm (les deux tiers pour la queue),c’est un arboricole aux longues griffes et à la queue préhensile lui permettant de faire le singe dans les arbres. Il est originaire des Iles Salomon, à l’est de l’Australie, endémique de ses Iles, c’est l’un des seuls lézards connus portant un véritable soin comparable aux crocodiles à ses jeunes qui ne sont qu’au nombre de 1 ou 2 par portée. Sa coloration verte et brune ne lui confère pas un look de tombeur, mais il attire par sa " bonne bouille " et sa confiance envers le genre humain, toutefois il a tendance quand on le saisie à s’agripper fortement au bras, cela laisse de petites griffures, mais c’est parce qu’il s’attache à son maître ! Nocturne, il s’habituera vite à l’activité diurne étant donné qu’on lui sert ses repas le jour, toutefois il reste assez passif durant la journée. Toutefois lors du rut et surtout de la gestation (il est vivipare), la femelle est très agressive et son caractère " doux " tient surtout à sa placidité et à ses mouvements lents.

Beaucoup d’espace vital...

La plupart des Scinques géants sont des solitaires, aussi et comme certains lézards (Phelsuma, Pogona vitticeps...) la cohabitation au-delà du couple est délicate pour une même espèce. Bien entendu deux mâles se battent inévitablement, mais deux femelles, si l’affrontement n’est pas systématique se mettent en rapport de domination, la dominée se laissant alors dépérir n’ayant pas comme dans la nature de possibilité de fuite.

Un couple formé à l’âge subadulte ne pose pas de problème. Pour exemple je vais vous compter la douloureuse jeunesse d’une femelle Tiliqua nigrolutea : L’ancien propriétaire possédait dans un vaste terrarium un couple de la même espèce qui vivait dans une harmonie à faire pâlir un couple marié, mais voilà, il décida un jour de rajouter une femelle, celle-ci fut agressée par la maîtresse de maison, queue sectionnée, figure recouverte d’équimoses et une agressivité à toute épreuve du fait de cette douloureuse expérience. Je la recueillie et la plaça toute seule dans un terrarium. Elle est aujourd’hui en pleine forme et reprend confiance cessant de souffler dès que je met la main dans le terrarium et commence à accepter la nourriture apportée à la main mais reste nerveuse et difficilement manipulable.

Bref cette aventure doit servir de leçon, dans un grand terrarium et placés dès le plus jeune age, certaines espèces se supportent sans problème, je pense ici à Trachydosaurus rugosus. D’autre part, notons que deux espèces différentes, dans un grand terrarium, même se ressemblant beaucoup (ex :Tiliqua scincoides et Tiliqua nigrolutea) cohabitent très bien en nombre, mais attention aux hybridations ! Cette intolérance est plus flagrante chez les Eumeces et les Tiliqua , Corucia zebrata ayant un comportement social plus flexible. Il tolère sans problèmes d’autres individus (mais toujours qu’un seul mâle) pourvu qu’ils aient la même taille, par ailleurs, dans la nature son comportement social semble assez structuré et intéresse beaucoup les herpétologues, en particulier le rapport entre les jeunes et la colonie d’adulte car, comme je l’ai déjà écrit plus haut, Corucia zebrata élève ses jeunes.

Afin que nos compagnons se sentent bien chez eux, le terrarium doit être vaste, pour les deux grandes espèces de genre Eumeces un terrarium de 80 cm de long sur 50 de large suffit, pour un couple un terrarium de 100 cm est alors conseillé. En se qui concerne les Tiliqua, un spécimen unique vit très bien dans un terrarium de 100 cm de long sur 60 de large, alors qu’un couple nécessite un terrarium de 150 sur 60 cm ou 120 sur 80 cm au minimum. Quant aux Corucia zebrata, on privilégiera la hauteur avec, pour un célibataire, un terrarium d’un mètre vingt de long comme de haut sur 60 cm de large, la solitude et le célibat ne traumatisant pas les reptile autant que les humains, il se passera de Télévision et de frigo rempli de bière. La maintenance d’un couple voire un trio nécessitera en revanche des dimensions d’au moins 150 cm de long sur 120 de haut (ou l’inverse, les Scinques des Iles Salomons aiment vagabonder à l’horizontale comme à la verticale). Bien sûr ce sont des dimensions minimales, si c’est possible faites plus grand pour le bonheur de vôtre compagnon: " Home sweet home pensa le lézard bucolique sur sa pierre bien chauffée ".

Pour les espèces terrestres on disposera de grosses roches bien fixées formant des surplombs et des grottes, ainsi qu’une grosse souche sur laquelle ils se dégourdiront leur petites pattes. Les lézards terrestres déserticoles auront pour sol du sable en évitant le sable fin et poussiéreux, les espèces qui préfèrent les milieux plus humides seront logés sur des écorces de pin de petit calibre (ou Repti bark de Zoomed). Les vraies plantes seront soit dévorées soit déterrées, en tout cas maltraitée et donc inutiles sauf peut-être si elles sont placées hors de portée de nôtre Saint Bernard écailleux qui est du genre " pousse toi de là que j’m’y mette ! ".

Un câble chauffant sur la moitié du terrarium fournira une température ambiante de 27 à 30°C selon les endroits du terrarium, un spot ou une plus grande concentration de câbles chauffants fournira un point chaud sur lequel la température peut monter jusqu'à 35°C. Pour les très grands terrarium on peut conseiller les lampes à iodures métalliques (HQI) qui sont à l’aquarium récifal ce que les tubes fluo à Ultra-Violets sont à nos lézards. Plus économiques à la consommation, fournissant une lumière agréable et des UV. Ils sont donc tout indiqués dans le cas de grands ou de hauts terrariums (2 mètres de haut ou de long)

Quand à l’humidité elle n’a pas d’importance pour les lézards déserticoles, le chauffage du terrarium et une bonne aération débarrasseront l’air de l’excès d’humidité, quant aux Corucia zebrata et aux quelques Tiliqua concernés (T. gigas ou T. gerrardi), une humidité de 60 à 70% est nécessaire. Les Scinques géants ont besoin de boire beaucoup, un abreuvoir est donc nécessaire, une petite baignoire peut leur être offerte car ils ont souvent du mal à se débarrasser des résidus de mue.

En résumé on constate que le maintien en terrarium des Scinques n’est pas difficile il faut juste porter un soin particulier au choix des habitants et à la place qu’on leur offre. L’alimentation elle non plus n’est pas trop compliquée car se sont pour beaucoup des omnivores opportunistes.

Quand l’appétit va, tout va !

Eumeces et Tiliqua sont omnivores à tendance carnée. Deux fois par semaine on leur offre des gros grillons, des blattes géantes, des vers de farines géants (Zophobas morio) bien meilleurs que les vers de farine classiques et des souriceaux nouveaux nés. Ce ne sont pas des prédateurs de premier ordre : lents ils peinent à avaler des souriceaux velus et les blattes géantes adultes. Autant les cris du malheureux souriceau blanc peuvent vous écoeuré, autant il est amusant de voir avec quelle maladresse mais persévérance les Scinques tentent d’avaler une blatte géante qui au moins ne crie pas ! La nourriture pour chien est une nourriture très riche, mais avec parcimonie car justement : trop riche ! Une fois tous les quinze jours ce sera suffisant, entre temps on leur offre des insectes et des végétaux tel que de la Frisée, de la mâche, des épinards, des endives, des fruits rouges, des agrumes, de la banane, du trèfle et des fleurs de pissenlit, des pétales de rose. En particulier en ce qui concerne les jeunes, on saupoudra chaque semaine la nourriture de minéraux et de vitamines qui vont bien sur de pair avec les UV fournis par les tubes fluorescents.

Corucia zebrata lui est végétarien : il a décidément tout pour plaire ! Les végétaux précités seront donnés tous les deux jours, un peu de nourriture pour chien ou quelques vers de farines géants apporteront un apport proteïnique non négligeable. Comme tout animal végétarien il faut varier le plus possible, et si la liste des aliments dont le rapport Phosphore-calcium favorable sont rares, on peut sans problème mélanger les autres aliments considérés par certains auteurs comme " nocifs " à condition de le faire parcimonieusement et en variant le plus possible. De nos jours on peut trouver toutes sortes de fruits et légumes en plein hiver dans un supermarché, même s’ils sont " polyphosphatés " et sans grand goût ils iront parfaitement au palais de nos reptiles et leur garantiront une pleine santé. Bien entendu il faudra bien lavés les végétaux, même s’ils proviennent de vôtre jardin, car pesticides, engrais chimiques, poussière issus des gaz d’échappement et j’en passe peuvent s’avérer toxiques à long ou à court terme.

Parents modernes et modèles...

En voyant ce titre vous devez vous dire que j’ai pété un plomb et qu’il vaut mieux que je me repose. En effet tout le monde sait que les reptiles, sauf les crocodiles, ne sont pas des parents hors pair et ne sont pas près de toucher les allocs ! Mais dans la grande Histoire de l’Evolution, les Scinques s’illustrent comme les inventeur de la gestation intra-utérine. Ultra-moderne pour l’époque ! De plus cette viviparité est le prémisse de la gestation des mammifères car l’embryon entretien un rapport, très primitif, avec le corps de la mère. Parents modèles ? Cela ne vaut toutefois que pour le Scinque des Iles Salomons. Comme je l’ai dit plus haut, après avoir mis bas quelques jeunes, la mère Corucia zebrata s’en occupe durant les premiers jours. Comme je l’ai suggérer plus haut, il est parfois nécessaire de séparer la femelle gestante car elle peut faillir à son habituelle gentillesse et mordre ses congénères ou son soigneur, de même le mâle succombe facilement au démon du cannibalisme.

Eumeces schneideri et son compère Eumeces algeriensis, sont ovipares. Mais on leur accorde les circonstances atténuantes car la femelle veille férocement sur ses œufs durant l’incubation comme beaucoup de ses petits cousins. Nonobstant, on ne sait presque rien de leurs reproduction en captivité pour la simple et bonne raison que ces deux espèces ne se sont presque jamais reproduits en captivité, en revanche une période de repos à une température de 18-20°C (voire moins) semble nécessaire.

Les Tiliqua originaires des zones arides d’Australie peuvent passer par une période de repos de deux mois et ceci pour faciliter et contrôler la reproduction. La température baisse alors à 25°C avec un point chaud à 30°C, la lumière est baissée à 8 heures par jour. Les espèces se rapprochant de l’Equateur se satisferont d’une baisse de 2°C de la température et d’une photopériode de 10 heures.

Les reproductions sont toutefois assez rares, mais le jeu en vaut la chandelle. Les Tiliqua sont assez prolifiques, mettant au jour 6 à 22 jeunes, selon la taille et l’âge de la femelle. Comme le Scinque des Iles Salomon, la femelle gravide devient parfois agressive durant les deux mois de gestation, parfois l’isolement est nécessaire. Corucia zebrata et Trachydosaurus rugosus restent des adeptes du maltusisme : Entre 1 et 3 jeunes par an. Toutefois le Scinque des Iles Salomon peut se reproduire toute l’année et avoir plusieurs portées par an.

Les jeunes mesurant 10 à 15 cm pour les Tiliqua et C. zebrata ont pour premier repas leur enveloppe embryonnaire, ensuite on les nourrira de micro-grillons et de vers de farine vitaminés ou de végétaux. Ils seront logés séparément durant les premiers mois, puis sondés et mis en couples. Par ailleurs seul le sondage permet de sexer les Scinques géants. L’élevage des jeunes s’avère assez délicat surtout chez les Tiliqua, ils souffrent très vite d’une carence en minéraux et en vitamines, parfois une injection de gluconate de calcium s’avère nécessaire pour rattrapper un lézard trop faible, mais bien entendu ce calcium ne sera pas fixé s’il n’y a pas de vitamine D3 et donc s’il n’y a pas... d’ultra-violets (Y’en a qui ne suivent pas !). La maturité sexuelle est atteinte vers 3 à 4 an, mais le taux de mortalité est nul dès le cap de la première année franchi. Le couple formé est souvent indissociable, il sera délicat de placer un nouveau partenaire dans le terrarium lorsque l’un d’eux est mort.

Attention, Corucia zebrata est placé en annexe II de la CITES, exigez et conserver le numéro des reproducteurs et adressez vous à la Direction Départementale des Services Vétérinaires pur connaître la marche à suivre en cas de reproduction.

L’élevage des Scinques géants, d’Afrique, d’Australie ou d’ailleurs est des plus simple, sauf la reproduction qui reste un événement. Mais leur activité permanente, leur curiosité, leur confiance et leur " intelligence " font de ces reptiles des animaux tous indiqués pour nouer un contact avec un animal à écailles. Le prix est compensé par le peu de soin qu’ils nécessitent, ils ont alors leur place dans le grand terrarium du salon, et enfin on peut dire qu’il y a un animal à observer longuement dans son terrarium sans avoir l’impression de regarder une nature morte comme beaucoup de " non initiés " le suggèrent en voyant un terrarium.

 


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