Bestioles petites et grosses...

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Messagepar King Baboon » 10 Sep 2014 7:50

... de là où on marche la tête en bas :

Chlamydosaurus kingii :

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Pour le reste des lézards, je laisse les joies de la détermination à ceux qui savent :

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Avec ça, v'là déjà trois familles de représentées.

Des p'tits bouts d'amphibiens aussi :

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même des bouts de ceux qu'on préfèrerait ne pas voir :

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Et puis, quand même un petit quelquechose pour ma pomme :

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Et le plus gros spécimen du séjour :

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Mais comme on n'était pas là pour tricoter des perles ou enfiler des grenouilles...

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J'ai encore évidemment une pelletée d'images à mettre en ligne, et un récit à écrire ; vous vous doutez bien qu'entre les deux dernières photos il s'est passé quelquechose. Laissez-moi le temps, mais faites-vous déjà les dents avec ça 8)
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Re: Bestioles petites et grosses...

Messagepar goldrabbit29 » 10 Sep 2014 9:23

Grouille toi, j'en peux plus d'attendre....
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Re: Bestioles petites et grosses...

Messagepar King Baboon » 10 Sep 2014 15:44

JOUR 1 :

Le voyage est épuisant. J’étais déjà parti loin, pas aussi loin, mais presque. Et ça avait peut-être duré plus longtemps, et fait monter dans plus d’avions. C’est pas comme si je n’avais pas l’habitude. Mais putain, c’est long, quand même. Pour Morgane, c’est une première. Le vol le plus long qu’elle avait eu à affronter l’avait emmenée en Angleterre. Elle angoissait un petit peu, mais a vite trouvé ses marques. C’est vrai que dans les avions longs-courriers d’aujourd’hui, tout est conçu pour prévenir la lassitude du passager, et que le petit écran individuel et la dense filmothèque permettent dans une certaine mesure de ne pas voir que le temps s’écoule si lentement – quand on a la stéréo, parce que suivre un film dans une langue certes maîtrisée, mais pas maternelle, avec le son dans une seule oreille, dans l’autre le ronronnement continu des moteurs et dans les deux les bons vieux acouphènes résidents permanents des tympans des chasseurs-tireurs-plongeurs apporte finalement plus de fatigue que de détente. La lecture de Man-Eaters Of Tsavo de J. H. Patterson, que j’avais honteusement laissée en rade il y a plusieurs années, m’a donc été salutaire, ainsi que la belle dose de morceaux choisis du black metal le plus sauvage dont j’avais pris soin de garnir mon petit walkman. Le Paris-Singapour s’est donc déroulé sans encombre, après une nuit au Hilton de Roissy. Merde, on part pas en safari tous les jours, autant se faire plaisir. Et jouir des bienfaits d’une halte tout confort avant un trajet éprouvant.
Quelques heures de transit à Singapour, que j’espère suffisantes au bon transfert de nos bagages d’un avion à l’autre, pas comme l’an dernier où j’avais dû littéralement sauter d’un avion à l’autre à Abu Dhabi en moins d’une heure, avec pour conséquence attendue de passer à Jakarta une demi-journée d’angoisse, à me demander si mon matos allait ou non me rejoindre par l’avion suivant. Le Singapour-Darwin, bien que trois fois plus court, nous paraît singulièrement long ; et contrairement à d’habitude où je dors comme un serpent en hibernation pendant la majorité du temps de vol, je ne parviens pas à fermer l’œil. Et c’est un peu pareil pour Morgane. C’est donc dans un état de grand délabrement que nous nous retrouvons devant le carrousel de Darwin, attendant anxieusement nos précieux bagages, qui, je salue la performance des opérateurs, arrivent en un temps record, et avec eux le grand soulagement de ceux qui un instant plus tôt pensent déjà au voyage foutu par carence de matériel. Le dédouanement de l’arme et des munitions se passe sans heurt, de même que celui des deux bouteilles de vin, et du fromage, un dévastateur Darley au lait cru, produit très local capable d’oblitérer instantanément les fragrances d’un bataillon de maroilles, munsters et autres camemberts dégoulinants. Je l’avais déclaré à l’arrivée, en me disant que dans le pire des cas, je ne perdais qu’un fromage. L’officier de quarantaine l’a examiné, m’a demandé s’il s’agissait d’un cheese from France, ce à quoi je lui ai répondu sur le ton de la confidence, qu’il s’agissait de french chemical weaponry. Elle a éclaté de rire et m’a laissé passer avec mon fromage pestilentiel. Il était rangé dans le même bagage que mes tenues de brousse, il me faudra donc penser aussi à les pendre à l’extérieur toute la nuit pour les ventiler un minimum avant le premier jour de chasse.
Le taxi dans lequel nous grimpons est plus africain qu’australien, les garnitures se font la malle dès qu’on claque les portes, le frein à main ne freine rien du tout et il faut charger les bagages en suivant à petits pas une voiture soi-disant arrêtée qui se fout le camp tout doucement. La tête du patron n’inspire guère plus confiance, il ne prend pas la carte de crédit, sait visiblement à peine ce que sont des euros lorsque je lui demande si je peux payer avec puisque je n’ai pas encore le moindre dollar australien en poche. Il nous conduit néanmoins sans plus d’embrouille à l’hôtel où j’avais réservé une jolie chambre avec vue sur la mer. Au moment de lui régler la course d’une trentaine de dollars, bien trop crevé pour à la fois faire une conversion approximative et pour marchander quoi que ce soit, je lui fais tomber trente euros et nous nous dirigeons vers la réception. La perception de la chambre est rapide, les ablutions salutaires. C’est donc après le luxe ultime que constitue une simple douche lorsqu’on en a été privé le temps de parcourir la moitié de la planète, que nous partons pour une balade en amoureux sur le front de mer, à la recherche d’un p’tit casse-croûte. Un peu décalés dans les horaires, un peu beaucoup morts de fatigue, mais un peu affamés quand même, faut pas déconner non plus. La première constatation, c’est que nous venons de changer de dimension, la flore est insolite même aux yeux d’un naturaliste globe-trotter, l’avifaune ne ressemble à rien de ce que l’on connaît. De drôles de petits hérons, en robes de goélands et portant caroncule jaune, vaquent sur les pelouses (impeccablement tenues) tout en disputant la place à d’espèces de grosses poules bizarres. Dans les arbres des chants inconnus se font entendre, et Morgane, en grande sympathisante de la gent ailée, ne sait plus où donner de la tête ni de l’oreille. Je crois que seule son intense fatigue la prévient de bondir dans tous les sens en poussant des cris d’excitation.
Nous nous dirigeons vers le port, on aperçoit au loin quelques terrasses qui semblent de bon augure. Un bon gros kilomètre à pied, ça dégourdit, après avoir passé presque une vingtaine d’heures assis dans des avions. Mes crocs toutes neuves (parce que ça fait du bien de tomber les Meindl) me gratifient toutefois avant d’arriver au bout du môle, de deux superbes ampoules, admirablement symétriques. Et meeerde… Ca va être coton, pour bouffer de la brousse pendant cinq jours… Surtout, penser à acheter des pansements le lendemain.
La zone à bouffe, c’est une succession d’échoppes, vendant de tout et de rien ; nous jetons notre dévolu sur une enseigne fort exotique à nos yeux de pauvres touristes, sentant un peu le graillon, mais proposant rien moins que du buffle, du barramundi, du kangourou, du dromadaire, du crocodile, en plus de divers calmars et crevettes. Le kangourou, on peut en avoir en France à Noël, le buffle et le barra, on est censé en manger toute la semaine, le dromadaire, c’est pas ce qui nous paraît le plus séduisant… Va donc pour deux escalopes panées de crocodile, avec des frites et de la salade. Il me faut avant tout trouver un distributeur de billets, parce qu’ici non plus la carte de crédit n’a pas cours. C’est peut-être la même famille que le chauffeur de taxi… La tenancière me remet un bipper, censé sonner quand c’est prêt. De fait, quelques minutes plus tard, le machin qui se met à vibrer dans ma poche pire qu’un canard sexuel, clignote aussi comme un gyrophare de pompier... Je crois que le croco est prêt, impossible à rater.
Tout en dégustant notre consistante pièce de viande – très bonne, ressemblant à s’y méprendre à une escalope de veau a la milanese -, nous observons d’autres clients jeter à la mer les reliefs de leurs repas, et se pencher sur l’eau pour assister à un spectacle que pauvres Bretons nous imaginons être la joyeuse pagaille d’une bande de goélands (ou équivalent local) se battant pour une poignée de frites. En nous approchant nous découvrons qu’en fait le recyclage est assuré par un superbe cobia de quinze ou vingt kilos, qui sillonne la surface en aspirant goulûment tout ce qui tombe à la flotte, secondé par une horde de platax tous entre deux et quatre kilos ! C’est ça d’être claqués, on a laissé l’appareil-photo à la piaule. Merde… Cependant, en voyant ça, c’est surtout ma Lulu qui me manque, je suis sûr que ce poisson lui aurait fait plaisir.
De retour à l’hôtel, un rapide plouf dans une piscine probablement à vingt-cinq degrés mais nous paraissant néanmoins glaciale, et c’est parti pour une nuit de sommeil de plomb. Evidemment, ce soir-là, il ne risque pas de se passer grand-chose d’érotique.

A suivre…
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Re: Bestioles petites et grosses...

Messagepar goldrabbit29 » 10 Sep 2014 17:12

King Baboon a écrit:JOUR 1 :

Evidemment, ce soir-là, il ne risque pas de se passer grand-chose d’érotique.

A suivre…


Quelle déception...
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Re: Bestioles petites et grosses...

Messagepar sKe69 » 10 Sep 2014 22:09

Le voyage est épuisant. J’étais déjà parti loin, pas aussi loin, mais presque. Et ça avait peut-être duré plus longtemps, et fait monter dans plus d’avions. C’est pas comme si je n’avais pas l’habitude. Mais putain, c’est long, quand même.


qu'est ce que je t'avais dit ... :wink:
surtout le faire deux fois en une semaine; heureusement qu'il y a le boulot pour récupérer de ce genre de périple. :mrgreen:

Une idée de l'espèce du vermisseau que tu as crocheté ? ( j'avoue, j'ai pas trop cherché, pas mal de taf en ce moment )

En tout cas le recit s'annonce palpitant.
Et quelle plume l'ami ! J'aurais aimé avoir ce genre de talent ...
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Re: Bestioles petites et grosses...

Messagepar King Baboon » 10 Sep 2014 22:29

sKe69 a écrit:Une idée de l'espèce du vermisseau que tu as crocheté ? ( j'avoue, j'ai pas trop cherché, pas mal de taf en ce moment )


Allons Olivier, tu ne reconnais point Boiga irregularis ? Il te faut un expresso, mon ami :mrgreen:
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Re: Bestioles petites et grosses...

Messagepar Melomania-k » 10 Sep 2014 22:29

sKe69 a écrit:Une idée de l'espèce du vermisseau que tu as crocheté ? ( j'avoue, j'ai pas trop cherché, pas mal de taf en ce moment )


Boiga irregularis, je dirais.

Beaucoup de chance de pouvoir effectuer un tel voyage. Australie, un de mes rêves .. Vivement la suite du récit.
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Re: Bestioles petites et grosses...

Messagepar King Baboon » 10 Sep 2014 22:29

JOUR 2 :

Le réveil sonne à 6h00. Ca fait tellement de bien de dormir dans un lit… Le petit déj’, sous forme de buffet pantagruélique, est une bénédiction. Dans la salle du restau de l’hôtel se croise un curieux assemblage de touristes en tongs-bermuda et de gens d’affaires encostumés. Deux clowns en tenues de brousse camouflées auraient pu, sous d’autres latitudes, attirer tous les regards. Ici, personne ne fait attention à nous. Rendez-vous est fixé à 8h45, heure à laquelle il est convenu que B., notre guide, vienne nous chercher à l’hôtel. Je suis installé dans l’un des fauteuils du hall, plongé dans la lecture du bouquin de Patterson, mes valises posées sur le sol à côté de moi, lorsqu’à l’heure dite je vois un gros 4x4 s’arrêter devant l’hôtel, et en descendre un bonhomme aux cheveux blancs, sec comme un coup de trique. Nous avons tout juste le temps de faire les présentations que Morgane arrive avec le reste des bagages. Nous devons faire halte à 9h00, heure d’ouverture, au bureau des Douanes pour récupérer le permis d’exportation qui m’autorise à rapporter mon arme en France. Les Australiens ne rigolent pas avec la paperasse, mais je suis amusé de constater que l’Administration est la même partout : le papelard n’est pas prêt, nous devons repasser dans une demi-heure - mise à profit pour sacrifier à la coutume, pour moi un supplice, des cartes postales. Beurk.
La route pour rallier le camp est longue, elle est aussi régulièrement parsemée de roadkills variés (et pour certains avariés - il fait chaud et ça va vite), marsupiaux sauteurs de diverses espèces, pas forcément identifiables selon leur état, cochons, bovins. Leurs road trains peuvent tracter cent cinquante tonnes, ça ne s’arrête pas comme ça lorsqu’il y a une bestiole au milieu du chemin. B. et moi palabrons et faisons connaissance… Du moins j’essaie, parce que l’accent australien, c’est pas du gâteau. Je suis affreusement gêné de ne comprendre qu’un gros quart de ce qu’il raconte, et n’ose lui demander systématiquement de répéter… Cet état de fait finira par s’améliorer au fil des jours, mon oreille se faisant progressivement à leurs intonations, mais pour certains spécimens, ce sera peine perdue, impossible de paner un traître mot de ce qu’ils racontent. A côté, l’accent sudaf, c’est de l’anglais d’Oxford.
Une pause-pipi au niveau d’un genre de complexe motel-camping nous offre le spectacle de nos premiers cacatoès… Si le copain Gaétan, enthousiaste éleveur de perroquets, était là, il serait fou ; je ne peux m’empêcher de me représenter des liasses de deux mille euros sillonnant le ciel par dizaines, dans un joyeux concert de braillements stridents.
L’arrêt à Katherine nous permet de nous restaurer, me permet aussi d’acheter quelques pansements pour protéger mes ampoules toutes neuves. C’est aussi l’occasion du contact avec les « premières nations ». En fait de fiers chasseurs-cueilleurs rescapés du néolithique et gardiens de traditions millénaires, ils offrent un spectacle affligeant. Celui de hordes de zombies à moitié ivres zonant sous l’ombre des arbres ou dans la fraîcheur climatisée de la galerie marchande du supermarché. C’est aussi triste que décevant.
La suite de la route, qui rapidement devient une simple piste, nous immerge progressivement dans l’environnement qui sera le nôtre pour une semaine : immensités de brousse d’eucalyptus, terres rouges et champs de termitières, et… et bientôt, parmi le bétail dispersé ça et là et livré à lui-même selon une conduite de troupeau plus qu’extensive, apparaissent les premiers buffles !

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Ca commence à sentir bon, mon instinct de chasseur, enfoui, pas très profondément, mais enfoui quand même, sous quelques années d’abstinence, refait surface d’un coup et je sens soudain monter une irrépressible envie d’en découdre. Il faudra pourtant attendre le lendemain, l’heure n’est pas encore à la chasse, mais le spectacle est stimulant.
Nous arrivons en fin d’après-midi, nous faisons la connaissance de S., notre adorable hôtesse et épouse de B., ainsi que de J. et K., un jeune couple de backpackers allemands logés sur place et qui s’occupent de la cuisine. il fait encore jour et j’apprécie de pouvoir ainsi me familiariser avec les abords du camp, et profiter de la lumière pour décocher quelques flèches et vérifier que les réglages de mon arc n’ont pas bougé. De fait, je suis en train d’ouvrir la valise de l’arc lorsque B. vient me trouver, Romain, get your camera, there’s a buffalo in camp ! Effectivement, c’est à peine croyable, un jeune taureau, attiré par l’herbe verte, la seule disponible à des kilomètres à la ronde (la parcelle est arrosée tous les jours grâce à l’eau pompée du marigot voisin - très propre, qui est aussi celle que l’on boit et qui sert pour la douche), n’entend pas décamper comme ça. Morgane, qui n’a pas été prévenue, tombe nez à nez avec l’animal en sortant des toilettes. Elle n’est évidemment guère rassurée, je n’ose moi-même trop m’approcher de cette bête têtue et imposante qui ne semble pas montrer la moindre peur de l’homme. Nous sommes abasourdis.

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B. a entretemps disparu ; il réapparaît en peu de temps armé d’un calibre 20 et vire le jeune animal à grands renforts de hurlements et de tirs de petit plomb dans le cul. Il le poursuit jusque dans la brousse, j’entends claquer sept ou huit coups de fusil le temps de tirer mes flèches à quinze puis à vingt-cinq mètres. L’arc tape toujours au bon endroit, il commence à faire sombre, il est temps de le ranger pour la nuit. En attendant que le dîner soit prêt, un succulent pavé d’un barramundi capturé par le client nous ayant précédé, Morgane et moi commençons à fouiner partout équipés de nos lampes frontales, et prenons quelques clichés de la petite faune nocturne, principalement composée d’amphibiens et malheureusement surtout de crapauds-buffles Rhinella marina, qui investit le camp à mesure que le soir tombe.
Ces crapauds originaires d’Amérique centrale sont une plaie, ils ont été introduits dans le Queensland en 1935 pour lutter contre les insectes nuisibles qui ravageaient alors les plantations de canne à sucre, et se sont rapidement révélés hautement invasifs. On peut parfois en compter plusieurs au mètre-carré. Ils sont aussi nettement plus toxiques que les autres crapauds, et sont responsables d’une très nette raréfaction de plusieurs espèces de serpents et varans, qui croyant trouver là des proies faciles en abondance, ont vu leurs effectifs décimés par les intoxications. On devient rapidement sadique, et il est alors difficile de résister à la tentation d’en faire voler un de temps en temps d’un coup de pied bien appuyé. Je me suis même fait une habitude, pendant ce séjour, chaque fois qu’un besoin naturel se faisait sentir, de me mettre en quête d’un crapaud pour le satisfaire. C’est sans doute mesquin de faire pipi sur un crapaud, et certes pas très glorieux, mais ça soulage, dans tous les sens du terme, et j’y vois un acte symbolique de vengeance pour toutes les morts de reptiles dont ils sont responsables.

A suivre...
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Re: Bestioles petites et grosses...

Messagepar goldrabbit29 » 11 Sep 2014 11:14

Je me serais bien glissé dans vos valises
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Re: Bestioles petites et grosses...

Messagepar sKe69 » 11 Sep 2014 18:24

King Baboon a écrit:Allons Olivier, tu ne reconnais point Boiga irregularis ? Il te faut un expresso, mon ami :mrgreen:


Arf ... ces gros yeux jaunes auraient dû me mettre la puce à l'oreille ... :arrow:


et j’y vois un acte symbolique de vengeance pour toutes les morts de reptiles dont ils sont responsables.


responsable ? ... Les crapauds ? ... si on veux . :roll:
C'est surtout les troud' qui les ont introduit, les même qui l'on fait avec les lapins, renards et ... non, pour les buffles ( mammifère ) c'est pas pareil, comme ça on peut faire un peu de traque et tirer du gros gibier ... :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen:


Il le poursuit jusque dans la brousse, j’entends claquer sept ou huit coups de fusil le temps de tirer mes flèches à quinze puis à vingt-cinq mètres. L’arc tape toujours au bon endroit, il commence à faire sombre, il est temps de le ranger pour la nuit.


t'as touché ou pas ?
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Re: Bestioles petites et grosses...

Messagepar King Baboon » 11 Sep 2014 18:57

Mais tu vas attendre, oui ? Laisse-moi donc ménager un peu le suspense. Oui, la campagne australienne est un gros bordel, pleine de trucs qui ne devraient pas s'y trouver, dont la présence pose éventuellement problème, et nous savons tous à qui incombe la faute. Nous ferons une exception pour le buffle, parce qu'il nous arrange bien, quand même :mrgreen: . Le point particulier de sa présence incongrue et de la nécessaire régulation de ses effectifs sera abordée au cours du récit, mais ne brûlons pas les étapes. Je vais ce soir, probablement, si je me sens en verve, rédiger le chapitre intitulé JOUR 3. J'aurais pu m'y mettre tout de suite, mais j'avais à m'acquitter d'une tâche prioritaire, nettoyer les gamelles et changer l'eau de tous les serpents.
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Re: Bestioles petites et grosses...

Messagepar King Baboon » 11 Sep 2014 22:47

JOUR 3 :

Aujourd’hui les choses sérieuses commencent. Tout d’abord, l’Australie offre par rapport à l’Afrique une dimension de confort incomparable, c’est que le réveil y sonne plutôt autour de sept heures du matin que de quatre heures. Ici le trophée n’appartient pas nécessairement à celui qui se lève tôt. Le café vite avalé, les céréales et les fruits (dont ceux de la passion cueillis un instant plus tôt sur la liane qui court sur le bâtiment principal) engloutis, B. m’emmène à son rudimentaire pas de tir, une cible découpée dans un bout de carton marqué d’une croix au feutre pour figurer la mouche, fixée dans un buisson à une cinquantaine de mètres. Je lui demande sur quoi je peux m’appuyer, il m’indique un tronc d’arbre proche, pas épais et assez bancal, pour un tir debout. Parce que c’est comme ça que je devrai faire sur le terrain. Super. Moi je veux vérifier si ma lunette est bien réglée, lui veut voir comment tire le client. Heureusement que je ne nourris que peu de doutes sur l’intégrité de la précision de mon arme. Avoir confiance en son arme, quelle qu’elle soit, c’est un atout capital, j’y reviendrai plus tard. Je n’ai pas tiré à la carabine depuis plusieurs années, mais je ne m’en fais pas. Deux impacts à quelques cinq ou six centimètres du centre, ce n’est pas ce que j’aurais rêvé de mieux, mais ça semble convenir à mon guide. On embarque dans le pick-up après qu’il m’ait montré les trophées déjà récoltés depuis le début de la saison, afin que je puisse me faire une idée de ce à quoi peut ressembler un buffle d’eau bon à tirer. Après tout, tout ce que je connais de l’espèce pour l’instant, c'est la mozzarella…
Nous ne parcourons que quelques kilomètres avant de repérer le premier buffle. Il paît tranquillement dans un sous-bois clairsemé, ne semble pas se soucier du 4x4 qui vient de s’arrêter à quelques dizaines de mètres de lui. C’est un vieux mâle, sa masse musculaire a fondu, son trophée me semble plus qu’honnête. B. l’observe un long moment aux jumelles, s’étonne de ne pas connaître ce spécimen apparemment nouveau dans le secteur. Il admet que l’animal est intéressant, mais il sait qu’on va trouver mieux. Et puis, dit-il, you’re not going to shoot the first buffalo you see… Je veux bien, je reconnais qu’il a probablement raison, mais j’ai aussi le sang qui bout, et une violente envie de dézinguer… Par ailleurs, entre le taurillon de la veille, déambulant nonchalamment entre les tentes, à moins de quinze mètres de bipèdes gesticulants, et celui-ci qui semble ne pas faire plus de cas de notre présence que n’en ferait une holstein, je me dis que les farouches caffers tanzaniens toujours en alerte n’ont que bien peu de rapport avec ces pachydermes indolents dont la défiance a semble-t-il été endormie, génération après génération, par l’absence de prédateurs. On a bien le droit de se tromper, quand on débarque et qu’on n’y connait rien. Si les buffles sont partout, s’il est possible chaque jour, plusieurs fois dans la journée, de descendre de voiture, faire quelques pas et en mettre un en joue en quelques secondes, je vais finir par comprendre que comme par hasard, celui qui suscite mon intérêt en particulier n’entend pas nécessairement se laisser approcher à distance de tir sans réagir, et que si on a réussi à devenir grand et vieux, c’est bien sûr en partie parce qu’on a su rester sauvage et prudent.
Nous poursuivons notre quête. B. arrête le véhicule dès qu’un animal ou un groupe d’animaux est repéré, un balayage aux jumelles permet de valider l’absence de trophée avant de poursuivre. Au bout de peut-être une heure de « route » nous coupons le moteur et descendons de voiture au sommet d’une petite butte, nous allons enfin pouvoir marcher un peu, pour une chasse basée sur une combinaison de repérage/approche/rencontre. Un wallaby traverse la piste en quelques bonds, nous nous immobilisons, lui aussi. Il est debout et nous regarde, persuadé d’être à nos yeux une termitière parmi les termitières. Je dois reconnaître que c’est assez bien imité, détourner les yeux et revenir sur lui oblige pendant une fraction de seconde à le chercher pour pouvoir le démarquer des monticules qui l’entourent, et dont la couleur se confond avec celle de son pelage. Animal délirant, qui ne nous autorise pas à lui tirer le portrait, et qui décampe en bondissant dès que l’on fait mine de dégainer un appareil-photo.
La balade nous conduit dans une petite vallée plutôt large et assez peu arborée. Au loin on distingue des brahmans - une génétique d’origine asiatique à bosse de zébu très prononcée, la race la mieux adaptée à ce biotope ingrat et constituant l’essentiel des troupeaux de la région - mêlés à quelques bufflonnes accompagnées de leurs veaux. La brousse est très sèche, sauf aux abords immédiats du cours d’eau dont les rives sont plantées de pandanus d’un vert soutenu. Cette petite randonnée ne nous procure pas de gibier intéressant, mais Morgane photographie nombre d’oiseaux au plumage chatoyant.

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De retour au véhicule, nous embarquons pour prendre le chemin de l’aire de pique-nique du jour. Tout au long du safari, B. aura su choisir des emplacements fort bucoliques pour le casse-croûte du midi, toujours à l’ombre bienfaisante d’un grand arbre, et toujours au bord de l’eau. Pour cette première pause-déjeuner, nous nous installons au pied d’un immense figuier banian, dont les racines drapées encadrent une source à l’eau vive et cristalline. On distingue bien quelques petits poissons, mais surtout dans l’entrelacs des racines, de nombreuses mues de serpents. Las, il y a des éboulis, des trous partout, formant un réseau de terriers insondables, et il ne faut pas espérer une rencontre, tout le monde est planqué…

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Il fait maintenant très chaud, en ce début d’après-midi, c’est au bord de l’eau, dans l’ombre du sous-bois, que nous allons chercher les buffles qui viennent se reposer, goûter un peu de fraîcheur et se souiller. Nous avançons en file indienne, dans un silence qui ne peut être absolu du fait des feuilles sèches de pandanus qui sont ce que j’ai expérimenté de plus bruyant en la matière. Mais le son semble être ici d’une importance relative dans la conduite de l’approche, l’absence de prédateurs, la présence permanente de bétail et d’ânes et cochons marrons font que les craquements de branches et bruissements de feuilles, tant qu’ils restent légers, n’inquiètent pas les buffles qui les considèrent comme partie intégrante de leur environnement sonore. Leur vue est également assez mauvaise, même s’ils sont capables de percevoir les mouvements à grande distance, ils semblent gênés pour en identifier la source, dès lors qu’on s’arrête de bouger. L’odorat par contre, sans surprise, est leur atout maître. que le vent vienne à tourner et c’est la débandade dans les secondes qui suivent, même si on observe une immobilité de statue et un silence absolu.
Notre pistage prudent le long du cours d’eau nous conduit à très faible distance d’un groupe de femelles et de jeunes. Accroupis, immobiles, nous nous retrouvons à un point littéralement encerclés par les animaux, certains s’avancent à moins de quinze mètres, Morgane et moi retenons notre souffle mais nos coeurs battent un rythme effréné. Jusqu’à ce que d’un coup une bufflonne nous évente, provoquant la dispersion du groupe. Ce scénario se répète plusieurs fois, mais le vent tourne et il est désormais inutile de poursuivre notre progression. Sur le chemin du retour, nous pouvons voir d’assez loin une bufflonne et son veau passer derrière nous, nous nous arrêtons pour l’observer, et guetter sa réaction lorsqu’elle croisera notre piste. Le résultat est instantané, dès qu’elle arrive dans notre sillage, son calme olympien se mue en peur panique, et elle détale au galop, son petit à sa suite. La leçon est édifiante : ils ont du nez.

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Nous changeons de secteur pour aller repérer un marigot curieusement planté de troncs nus. Nous y trouvons plusieurs femelles accompagnées de leur progéniture, dont un petit albinos, parmi de nombreux brahmans. Et un beau taureau, mais encore trop petit pour B.. Je n’en peux plus, je me dis qu’il aurait bien mérité une flèche… Il déambule au milieu du bétail, et l’approcher me semblerait plutôt facile…

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C’est maintenant l’heure de rentrer, et je soupçonne B. de nous avoir conduits le long d’un genre de circuit touristique destiné à amener ses clients à une première prise de contact avec l’outback et ses habitants. Je pense à part moi, vivement demain, que la chasse commence.
Après le dîner, Morgane et moi allons nous promener le long des berges du marigot, difficiles d’accès car plantées de pandanus serrés, tenter de repérer quelques crocodiles - aux dires de B., ils sont une cinquantaine à peupler ce billabong. Ce ne sont pas les grands méchants crocodiles de mer, les fameux salties, Crocodylus porosus. Ici ne vivent que ce que les Australiens appellent freshwater crocodiles, Crocodylus johnstoni. De taille très inférieure (trois mètres est un grand maximum, sans doute même un record, un mètre à un mètre cinquante une moyenne raisonnable et réaliste), de museau étroit rappelant celui du gavial, le « crocodile d’eau douce » fait son ordinaire principalement de poissons et de grenouilles. Dans la lumière de la lampe-torche, ses yeux brillent d’un éclat rouge. En quelques centaines de mètres de promenade, nous pouvons en repérer quatre, dont un pratiquement au pied de notre tente. Nos lampes ne sont cependant malheureusement pas assez puissantes pour nous permettre d’en distinguer plus que le reflet de leurs yeux, et le moindre bruit est sanctionné d’un farouche, sonore et définitif « plouf ». Nous finirons bien par réussir à en observer un. C’est sur cette considération pleine d’espoir que nous allons nous coucher, bercés par le sympathique et déroutant appel des barking owls, que nous avons rapidement surnommés « chouettes wouf-wouf ». Il faut dormir, parce que demain…

A suivre…
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Re: Bestioles petites et grosses...

Messagepar sKe69 » 14 Sep 2014 19:39

Mais tu vas attendre, oui ?


là, j'attends toujours ... :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen:


Ce 4 eme jour s'annonce palpitant ...
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Re: Bestioles petites et grosses...

Messagepar King Baboon » 15 Sep 2014 14:00

JOUR 4 :

Depuis deux jours les buffles défilent sous mes yeux. Ils commencent à peupler mes nuits, aussi. Rien d’étonnant donc à ce que ce matin la sonnerie du réveil me trouve parfaitement alerte depuis déjà une demi-heure… Après le petit-déjeuner, nous prenons le chemin de l’outback, avec deux aborigènes dans la benne du pick-up. Ceux-ci avaient dépassé le camp la veille au soir, avec un réservoir presque vide, et avaient négligé de s’arrêter (B. et S. tiennent aussi la seule station-service à des centaines de kilomètres à la ronde, sur ce bout de piste). Résultat des courses, ces imbéciles étaient tombés en panne sèche trois kilomètres plus loin… Ils avaient donc bivouaqué, allumé un feu pour la nuit (sans provoquer un incendie de brousse, ça tient de l’exploit vu leur air éveillé…), et étaient revenus sur leurs pas à la première heure pour remplir un bidon. Nous les embarquons donc (pas trop vite, c’est nonchalant, un aborigène) et les déposons à leur voiture, où les attendent leurs deux femmes. B. nous explique que l’un d’entre eux est un genre de phénomène local, qui a passé quelques années en prison pour avoir joué avec une machette. Ils revenaient probablement de la ville proche (Katherine, plus de trois cents kilomètres) après y avoir fait le plein de ganja et de kava (un truc psychotrope à boire, au goût dégueulasse, non réglementé, aux effets semble-t-il proches de ceux de l’alcool auxquels ils n’ont pas droit de par la loi) à ramener dans leur communauté. Pittoresque…
Nous entrons au ralenti sur une vaste plaine, faite d’herbe rase et de bosquets épars. Pas du tout un terrain propice à la pratique de la chasse à l’arc, une approche à moins de cent mètres semble absolument impossible. Quelques groupes de femelles et de jeunes, dans l’ombre rare des arbres rabougris, nous regardent passer. Ils semblent sentir que nous ne sommes pas là pour eux, ne se départissent pas de leur flegme. B. stoppe le véhicule, nous demande de l’attendre là tandis qu’il va faire quelques pas et jeter quelques coups de jumelles. Il revient moins de dix minutes plus tard, déclare que nous allons marcher un peu. Il a vu, loin, plusieurs mâles ; il y en a au moins un qui a l’air très sympa. Je laisse l’arc sur la banquette arrière, sors ma carabine de son fourreau.
Nous nous avançons lentement, le vent en notre faveur, mais à complet découvert, en direction du secteur où se tient ce fameux taureau. Je croise les doigts pour qu’une bufflonne et son veau ne détalent pas à notre passage, mettant toute la plaine en alerte. Mais non, nous ne faisons que passer, et eux ne font que nous regarder passer. Je ne vois toujours pas l’animal, B. prenant soin de garder en permanence un buisson entre lui et nous, afin de masquer notre progression. De fait, le buffle a bougé, B. ne le retrouve pas là où il l’escomptait. Mais sa connaissance du terrain est grande, et quelques centaines de mètres plus loin, nous devons nous arrêter derrière un arbuste, le buffle est là, loin encore, mais il nous a vus. Du moins il a vu quelquechose, il a cessé de pâturer, a relevé la tête, et scrute avec insistance dans notre direction. Accroupis derrière le buisson, avec des mouvements d’une infinie lenteur, nous pouvons jumeler et estimer à la fois le trophée qu’il porte (grand !) et son état de nervosité (grand aussi !). Nous nous asseyons, trrrrès lentement, le buffle regarde toujours dans notre direction, immobile. B. s’allonge. Visiblement, il sait que ça peut durer longtemps. Au bout d’un moment je l’entends ronfler… Je risque un coup de télémètre, nous sommes à cent vingt-sept mètres de l’animal. Au bout de quarante longues minutes, je vois le buffle baisser la tête et recommencer à manger. J’attends quelques instants, secoue B. pour le réveiller, "B. ! He’s grazing again !". Lentement, très lentement, nous passons de la station assise en tailleur (allongée, pour B.), à une station quatre pattes / rampante. Ma carabine glisse, le canon heurte une roche. Malheur ! Coup d’oeil vers le buffle… C’est bon, il n’a rien remarqué. Sur la droite du buisson qui nous masque à la vue du taureau, et une vingtaine de mètres en avant, il y a un arbre à moitié couché, mais portant néanmoins un peu de feuillage providentiel. Il va falloir franchir cet espace où nous serons à découvert. Courbés au maximum, à petits pas pressés, tant que le buffle a la tête baissée… Plus que deux mètres avant d’être à nouveau masqués à sa vue. Il relève la tête. Merde ! Nous nous figeons. Mon cœur cogne comme un dingue, je respire trop court et trop vite. Je m’attache à ralentir ma ventilation, je sais que le cœur va suivre le rythme. Je ne sais combien de temps nous demeurons ainsi, peut-être quelques secondes, peut-être plusieurs minutes. Le buffle baisse sa garde, une moitié de sa conscience semble lui dire qu’il y a un truc, là-bas, au loin ; fort heureusement, l’autre moitié semble lui suggérer que le truc est anodin, et qu’une panse ne se remplit pas toute seule. Il baisse à nouveau la tête et recommence à brouter. J’en profite pour franchir les deux mètres restants, trouver l’appui d’une branche et le mettre en joue. Il a avancé de quelques pas et me présente un magnifique profil droit. La croix est rivée au défaut de l’épaule, plein profil à cent mètres, terrain dégagé, appui stable, presque du billard si ce n’était ce cœur qui bat la chamade. Le tonnerre déchire le silence et roule sur la plaine. Le buffle a visiblement pris une sacrée secousse, il s’élance lourdement. Derrière moi, B. gueule "shoot again !" Je manœuvre ma culasse, reprends un appui. Je m’apprête à faire feu à nouveau. "Noooooo !" B. a hurlé. Je me retourne, "What ?" - "The branch !" Putain… L’œil dans la lunette, concentré sur ma visée, je ne voyais pas le chicot gros comme mon poignet, dix centimètres devant la bouche du canon… Evidemment, pendant ce temps, le buffle a avancé, il continue à courir. Je lâche trois tirs, pas vraiment posément, mais l’animal semble rapidement perdre de ses forces. Tout en sortant de l’abri du buisson, je recharge mon arme et marche sur lui. Il est à peut-être deux cents mètres, mais il va bientôt s’arrêter. B. commente, "he’s lying down !" Très bien, lui le voit, mais pas moi, j’ai un bosquet en face. Je contourne, il se relève, mais ne semble pas trouver la force d’aller plus loin. Il est à nouveau à une centaine de mètres de moi, plein profil droit encore. J’épaule à bras franc, stabilise le réticule sur le haut du coffre. Cette fois il tombe sur place, le but recherché est atteint, la colonne est touchée. Je m’approche prudemment, il est tout à fait improbable qu’il se relève, mais tire néanmoins le coup de grâce dans sa nuque. Il est à l’agonie, c’est fini. Moins d’une minute plus tard, le canon de ma carabine appuyé contre son œil ne provoque aucune réaction.
Je ne bois plus depuis des mois. Cependant, j’avais tout de même pris soin de garnir une flasque de Lagavulin, en prévision de cette occasion. B. est reparti chercher la voiture. De retour, il ouvre la glacière et en sort une bouteille. "Water ?" Pendant ce temps, je fouille dans ma musette, en extrais la flasque et la brandis. "No, whisky !"

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La première balle a touché au défaut de l'épaule, cœur/poumons. Elle aurait suffi. Mais ma politique face à un buffle, et je ne suis certainement pas le seul, consiste à le cribler de plomb tant qu'il est encore debout et que j'ai encore des cartouches. Sur les quatre tirées (plus le coup de grâce) après la première, trois ont atteint la cage thoracique (dont la dernière dans la colonne), une serait passée complètement à côté si elle n'avait traversé la corne droite de part en part, à mi-longueur. J'aime bien cette marque distinctive de mon trophée, mais heureusement que c'était une blindée, une Bear Claw aurait fait voler la corne en éclats...

Ensuite, ce n'est pas fini, et il faut se répartir les tâches, là où il n'y a pas une armée de quinze Noirs pour servir les Blancs comme des princes. Skinning du trophée pour les uns, préparation du biltong pour les autres...

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Re: Bestioles petites et grosses...

Messagepar goldrabbit29 » 15 Sep 2014 14:13

ho pinaise!!! ho pinaise!!!! ho pinaise!!!!

T'as mangé un steack encore sanguinolant cette fois ci? ça va faire une belle tête sur ton mur. Lequel d'ailleurs, tu n'as bientôt plus de place!!
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